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boxLAND au Kyrgyzstan !
31 janvier - 19 février 2005

 

Le Kyrgyzstan est un petit pays coincé entre l’Uzbekistan, le Kazakhstan, le Tajikistan et la Chine, qui ne finit pas en –stan. Si vous voulez, elle est plus au Sud de la Russie, plus au Nord de l’Afghanistan et quand même bien à l’Ouest de la Chine. Bref, c’est loin.
En taille et distances franco-françaises, on pourrait dire que le Kyrgyzstan va de Caen à La Rochelle et de Brest à Paris. Pour enfoncer le clou, on se figurera que Caen est la Capitale, mais que nous appellerons Bishkek pour plus de compréhension locale. Voir figure P, comme Plan.



Figure P.


Au Kyrgyzstan, on trouve des Russes qui parlent russe, des Kyrgyz qui parlent russe et kyrgyz, des Uzbeks qui parlent russe, kyrgyz et uzbek, mais pas de Bretons, curieusement. On trouve aussi des Musulmans qui parlent l’arabe dans le texte, mais pas tous. Faut pas rigoler. Quand on boit trois bouteilles de vodka d’affilée, qu’on vend des bouquins de fesses en kiosque et qu’on mange des steaks de jambon, on ne me la fait pas, à moi !
Nous dirons donc que, officiellement, les Kyrgyz sont musulmans…


L’aéroport international de Bishkek (Caen) est grand. Pas aussi grand que celui de Moscow, où Teub et moi avons eu le temps d’admirer l’architecture fonctionnelle et de goûter au café à 5 Euros – encullléééééés!!! – pendant 17 heures d’affilée…


(Les bonnes astuces de Teub : pour les ceux qui un jour transiteront par Moscou, sans visa russe, prévoyez plein de trucs faits par votre grand-mère, et de la boisson et aussi des jeux, voire une ennemie à punir, sinon, ça donne ça : Bronc asleep.jpg voir tout en bas…)
Bref, nous sommes arrivés à l’aéroport de Bischkek. Seulement à 5h30 du mat’, y’à pas grand chose d’autre que des chauffeurs de taxi qui vont nous vendre les trente kilomètres nous séparant de la ville au prix d’une nuit d’hôtel tout inclus : 300 Som. Soit 6 Euros…


En cadeau avec l’aube et notre arrivée dans le centre de Bishkek désert, notre chauffeur nous offre un tour d’à peu près trois minutes de la place, mine de rien, genre j’suis sympa, j’suis chauffeur d’taxi, pour finalement demander une rallonge de 30% pour la "visite"… « Niet, niet, niet, va t’faire mettre, Vladimir ! » Les français à l’étranger sont méchants…


Il neige. La grand-place avec son musée moderne, ses drapeaux multinationaux et ses bâtiments carrés à l’architecture aérée est déserte, recouverte par un doux matelas blanc. Il fait froid, mais pas trop. Juste assez pour ouvrir les sacs et enfiler une couche supplémentaire. On est complètement désorientés mais pas perdus. Nous sommes des voyageurs dans un nouveau pays, et nous sommes ici pour découvrir.



Un Bed & Breakfast à l’ambiance familiale est supposé être au Sud de Bishkek, c’est notre première destination. Teub et moi avons les yeux grands ouverts dans ce lever de soleil, on matte les rues aux rangées d’arbres, les voitures matinales qui manoeuvrent tout en dérapage, les petits culs sur la route, les appartements à quatre étages, les cours des écoles, les petits culs sur le trottoir.





Teub a faim. Il veut un café ! Celui qu’on trouve, le "Bel Canto", désert, est excellent ; comme une cantine avec des nappes en plastique et des cuisinières en train de s’affairer pour les repas du jour. On y teste notre première Pirojki, un beignet de patates succulent, avec thé sucré et café au lait. Le bonheur. Là, on sait qu’on va y arriver ; quoiqu’il arrive, on pourra survivre au Kyrgyzstan !
C’est Sabyrbek qui nous ouvre sa porte : pas un seul touriste en hiver, toutes les chambres sont à nous ! Il a une salle de bain commune avec baignoire et eau chaude, toilettes avec siège et PQ élastique, lits en planches de bois avec futon millimétrique : il est 8h, hop, au dodo!
Comment on a flingué notre première journée ! Bon, on s’est quand même levés, mais le soleil nous est tombé sur le gueule le temps d’aller chercher une carte du pays et de bouffer des chachliks, une brochette de viande épicée à souhait.
On n’a pas trop tardé pour goûter au dîner à la maison, globalement du chou, chaud et froid assaisonné à toutes les sauces, mais aussi une salade de pâtes, quelques saucissons et fromages carrés, et un dessert de pain et de confiture. A 22h je ronflais.

 


Jeudi 3 février 2005
Il fait -2°. Une rigolade vu les vêtements que l’on a apportés ! De toute manière, les filles ont en petit jean et se baladent les mains nues. Pas frileuses. Teub me glisse : « ça n’en reste pas moins des marmottes : elles ont les joues pleines et tirées vers le haut, comme au-dessus d’un puits d’anti-gravité, c’est horrib’, des faces plates, je comprends pas, elles étaient si belles à Yakoutsk… »


Bishkek, c’est beau sous la neige. On se repère facilement avec les rues bien droites, les lotissements carrés, les bus et les minibus qui circulent partout. On finit par trouver le distributeur de billets, les vendeurs bien organisés dans les passages sous terrains aux carrefours des avenues, le grand magasin style Printemps, la mini tour Eiffel devant l’ambassade de France, le siège du CBT qui nous donnera les prochains contacts dans les familles d’accueil, les parcs et puis surtout les cafés ! Je suis déjà un théoolique, je ne bois que ça. Teub reste accroché à son café au lait à l’extérieur (le thé, ça jaunit les dents pire que le tabac à chiquer, je le sais, j’ai fini par m’y mettre : y’a jamais d’eau à table !)


(Le soir, la vue face au restaurant dans lequel on avait pu dénombrer 4 clients, 30 tables,
et 6 serveuses qui s’emmerdaient à nous faire douter du sens de l’existence…)



(Après le resto, les stands d’où qu’ils ont encore de la pelloche Polaroid,
pas comme à BoxLAND! On aperçoit le musée moderne qui sert
de fond aux photographes romantiques de la place)


On organise quand même un minimum les jours à venir, on prévoit un planning qui nous fera visiter l’Est du pays avec son lac mondialement réputé pour ne jamais geler, puis le Centre-Sud du pays et ses températures de -30°, et enfin l’Ouest pour ses parfums aux 80 nationalités.
Hop, c’est parti ! Pour fêter ça, nous allons, Teub et moi, dépenser une fortune locale dans les bars, d’abord à coup de gins avec pépé qui joue du piano assis, puis au Navigator du bout de notre rue où quatre pépées nous offrent un défilé de déhanchement de la table aux toilettes. Bourrés, nous franchissons la porte de Sabyrbek après minuit, où seul le chat ne dormait pas encore.



(Les taxis devant le Navigator)


Vendredi 4 février 2005

11h. Il faut absolument que nous choppions le bus pour partir vers le lac Issyk-kul, au fond duquel nage Saint-Matthieu, celui des Evangiles, eh oui Monsieur ! L’histoire a touché aussi le Kyrgyzstan.
Tamchy devait être notre premier stop, au pied du lac. C’est à 220 bornes plein Est. 5 heures en bus.
Les chauffeurs de taxi essaient de freiner notre précipitation en nous faisant croire que les bus ne circulent pas en hiver, trop froid, ça glisse… Teub essaie de les calmer. Parce que des bus, il y en a plein ! Qui d’ailleurs sont pleins. A craquer. Le chauffeur nous accueille in extremis, pour 120 Som (2 Euros 40) le voyage, et nous planque dans le fond avec nos sacs, sur la banquette arrière.
Notre voisin est un chouette gars à casquette du genre 27 ans, il voyage avec sa femme qui a des yeux à faire craquer, sa sœur qui est un peu hystérique et deux de ses potes du coin. Le bus démarre, la première bouteille de vodka est déjà entamée.



« Et comment tu t’appelles ? Tu viens d’où ? Tiens, bois un coup, avec du pschitt citron ça passe mieux. Et tu vas où ? Eh, mais ça te dirait pas de venir chez moi ? Tiens, bois un coup. Viens chez moi, on va être potes ! T’aimes bien ? Bois donc un coup, cul sec ! »
C’était excellent ! Le bus était parti et l’ambiance était lancée à fond les manettes, chaud devant ! Teub a sorti une bouteille de poire liqueur pour échanger, on a picolé comme des fous et tout le monde voulait nous inviter chez eux. Le mec marié avait l’air réglo, il allait 70 bornes plus loin que Tamchy, jusque Grigorevka, on a dit OK pour l’accompagner. Et là ça a été le début de la fin.
Les deux potes nous faisaient boire, l’un en reprenant nos prénoms (Karrrle et Gaf), et l’autre après trois mots d’anglais a répété sans cesse « Daß ist Fantastisch ! » et « Sprechen Sie Deutsch ? » genre toutes les 10 minutes pendant les 5 heures du trajet.
Après trois bouteilles, un des amis a vomi devant lui son alcool et sa pirojki, ils ont laissé sécher puis notre futur « hôte » s’est assis dedans. A l’arrêt suivant, le mec qui avait dégueulé est allé acheter une autre bouteille de vodka et de bière et ils ont remis ça. Notre « hôte » précédemment raisonnable a commencé à répéter aussi : « Mes invités sont comme ma femme, ils sont mon cœur ; on va aller faire du ski ! », encore et encore et encore, j’en pouvais plus de dire « j’ai compris », « bien », et alors sa femme s’est mise à pleurer lorsque les deux amis ont commencé à se frapper et que le mari (notre « hôte ») a essayé de s’interposer, et la sœur mettait ses mains partout sur Karl, et elle buvait aussi avec un verre sur lequel il y avait du vomi séché, et elle répétait : « We are agree with you ? » et si on avait le malheur de dire « agree » ou « yes » pour s’en débarrasser, elle demandait : « Why ? » C’était insupportable, j’avais envie de lui foutre des baffes !
A un moment, j’en pouvais plus et j’ai dis à Karl que si on arrivait à Tamchy, je descendrais volontiers plutôt qu’aller plus loin avec nos « hôtes ».
Coup de bol, l’arrêt suivant était Tamchy ! Hasard, quand tu nous tiens… On a empoigné nos sacs, et nos amis ont sauté dessus en même temps ; ils refusaient de nous laisser partir ! Karl a forcé, moi aussi, le chauffeur est venu ouvrir la porte arrière du bus pour me permettre de sauter, je l’ai remercié, Karl est apparu à ce moment par la porte avant, essayant de voir ce qu’il avait perdu dans la bataille, et le bus est reparti dans un nuage de fumée.
C’était sport !


Il fait bon, à Tamchy. Tout est calme. La température est douce, il n’y a plus de neige ou à peine dans les rues, les moutons se baladent presque en liberté un peu partout.
Nous sommes logés tout au bord du lac Issyk-kul dans une famille affiliée au CBT. Dans la chambre des occidentaux, il fait 27. Z’ont pas vu qu’on était poilus, ou quoi… ? Je me suis levé au petit jour pour aller pisser dans la cabane, les premiers rayons de soleil se reflétaient à la surface de l’eau bleue, agitée par des petits rouleaux.



Il y a des montagnes qui grimpent juste derrière la grand-route ; il faut aller voir !

Samedi 5 février 2005
… allons explorer…
Par la plage, on peut accéder aux autres rues du village, où on trouve un étrange château, tout entouré de murs épais et de portes blindées, et composé à l’intérieur de bâtiments divers : un poste d’observatoire en forme de soucoupe volante rose, un donjon en briques, une énorme bâtisse principale au fond, une grue encore en activité… Drôle d’endroit, issu de la folie constructive de son propriétaire.



On remonte la rue, traverse la grand-route, et on prend tout droit, vers le cimetière et au loin les montagnes majestueuses.



La plaine s’étend sur des kilomètres. Plate et infinie. Teub et moi avançons sans vraiment apercevoir de changements dans le paysage. Simplement, le lac devient plus petit dans notre dos, et on finit par apercevoir de l’autre côté, perdues dans la brume, d’autres montagnes, reflets de celles vers lesquelles nous marchons.



Le pass que nous avons visé finit par se rapprocher, les pics enneigés grandissent à nos yeux. Alors la plaine s’arrête et la montée se fait sentir. C’est une des caractéristiques du Kyrgyzstan : les régions montagneuses ne s’annoncent pas doucement comme en France, ici c’est plat et tout à coup, vlan ! Ça grimpe tout droit.
On a marché pendant 3h30, en croisant des petites bergeries et des terrains piétinés par les bêtes sauvages, wou !



J’ai uriné avec style ; ça a beaucoup plu à Teub :


On a refait le monde aussi, décidé que la peur gouvernait les bien insérés, et commencé à dresser les plans du BoxVillage où il y aura : des baignoires pour niquer sous les étoiles, des chameaux, un studio d’enregistrement, une boxForge et plein d’autres trucs rigolos et utiles à la fois comme des ruches et des stands à gaufres !


Franchement, une fois engagés dans le pass, on aurait bien continué plus loin, mais avec une gourde vide et un bout de Granny comme matériel de camping, c’était léger, donc on a fait demi-tour.
On est rentrés dans le noir. Le soleil s’est couché sur notre route en habillant de rose ces superbes montagnes.



Putain, c’que c’est beau, tout de même, le Kyrgyzstan !

Dimanche 6 février 2005
On a quitté Tamchy et les mômes qui nous regardaient passer, aux environs de midi. Après les mômes, ça a été à notre tour de regarder les bus passer, pleins à craquer, les minibus pareils, et aussi les taxis. Rien à faire, qu’à attendre. Jusqu’à ce qu’un vieux bus, ronflant et fumant, s’arrête. J’ai pas compris où il allait, mais il passait par Balykchy, endroit du transfert pour partir vers le Sud.
Non, nous n’avons pas poussé plus avant notre exploration de l’Est Kyrgyz. On voulait affronter le grand froid. On avait quand même payé pour ça !
Le bus était démentiel : la moitié des fauteuils du fond étaient défoncés, le reste était couvert de poussière, les rideaux tombaient en lambeaux, et le pot d’échappement était réglé pour cracher son gasoil à l’intérieur du véhicule ! Un vrai bus routard, c’était génial ! 100 bornes pour 25 Som, une blague.


Bon, on s’est un peu gourés de 5 kilomètres par rapport à la station de bus de Balykchy, mais on a fini par y arriver, la fleur au fusil, tout contents de notre périple, et prêts pour le suivant. Sauf que là, il n’y avait pas de bus. Le Sud, c’est en taxi ou rien. Merde.
Après discussion, on a promis à un gars de prendre son tacos et on est allés se restaurer vite fait au café du coin avec des raviolis à l’eau. C’est là qu’on a rencontré $lim. Un rappeur. Avec une tête de boxeur. Il disait aussi mother-fucker toutes les 45 secondes. Marrant.



Taxi, donc, direction Kochkor. Le chauffeur est super sympa ; il nous invite chez lui où il a deux ou trois filles ! Mais comme un chauffeur de taxi n’est motivé que par l’argent qu’il peut nous grappiller, on le laisse nous déposer au CBT de Kochkor après quelques suppléments monétaires, que Teub surenchère comme un Prince ; notre moustachu doit encore se demander comment il a fait !



Il fait beau, à Kochkor. Limite chaud, presque +10° ! Avec Aïda, la coordinatrice du CBT, on envisage la possibilité d’aller se peler les miches au lac Song-Kul – rebaptisé S’enkul par Teub – une curiosité locale, inaccessible en hiver sauf à traverser les montagnes à pied pendant 10 heures à -30° jusqu’aux yourtes de pécheurs, résidents du lac gelé.
En attendant, on va s’installer chez une famille locale, Nurchat & Baket – rebaptisé Bitok par Teub –, grande maison avec chiottes et douche chaude à l’intérieur, du trois étoiles local pour 250 Som (5 Euros).


Lundi 7 février 2005
Discussion avec un pécheur à la peau tannée sauf dans les plis des yeux : il revient tout juste de S’enkul. 10 heures dans 1 mètre de neige, à -35°. Il dit que c’est jouable. J’hésite… C’est pas que je sois frileux, mais mon dos, tout ça… Est-ce parce que je suis faible que mon dos me fait souffrir, ou est-ce l’inverse ? Me suis-je créé une carapace pour me protéger ou pour m’empêcher de vivre des expériences nouvelles ?
Tout en y réfléchissant, Teub et moi sommes allés marcher vers les montagnes au Nord de Kochkor, derrière la rivière, là où ça n’est pas enneigé.

 


Sur les hauteurs, je me suis offert une bonne séance de Qi-Gong revigorante, pendant que Teub enregistrait les bruits du vent en rêvant à des deltaplanes à moteurs… Elle était belle, cette ville, dans la plaine, avec au loin les pics enneigés du Sud.

 


Nous sommes allés prendre une bière au café en grignotant des croûtons au fromage en guise de chips locales.


La bière était forte. Et dehors la température avait chuté. On n’a jamais marché aussi vite au retour vers la baraque !


Mardi 8 février 2005
Non, c’est non. Nous n’irons pas à S’enkul. Aïda du CBT est toute soulagée ! Par contre, j’exige un cours de cheval pour apprendre à monter à cru, à la Kyrgyz ! Ce sera demain, après le marché aux bestiaux.


Comme nous nous levons tous les jours aux aurores – hum, hum – il est déjà temps d’aller déjeuner… Au café, bien entendu, où nous commençons à prendre nos petites habitudes, Teub aimant à y commander ses brochettes journalières de chachliks.
Cet après-midi, nous visons le Sud et ses montagnes enneigées.



Les Kyrgyz ne comprennent pas l’intérêt d’aller marcher sur leurs montagnes. Nous non plus. C’est juste bon. Et c’est beau. Nous y rencontrons ce qui correspond si parfaitement à l’image qu’on pouvait se faire du Kyrgyzstan : des plaines aux terres colorées, des bergeries parsemées, des montagnes tout autour de nous, perdues dans un ciel bleu et vaporeux. Un mélange de réalité et de mystère, de palpable et d’infini. Photo.


J’ai de nouveau uriné avec style ! Teub a apprécié mes efforts :



Notre but était d’atteindre une petite butte pour y manger du chocolat et des pommes avant de redescendre. C’est ce qu’on a fait. Photo.



Je vous laisse deviner ce qu’on est allés faire avant de rentrer à la baraque…

 


Mercredi 9 février 2005
C’est le jour du marché aux bestiaux. Ca commençait à 9h00. On voulait y aller tôt avec Teub pour profiter de l’ambiance locale. Mais comme la veille on avait fait la connaissance de deux douaniers qui eux aussi restaient chez Bitok pour la nuit, on n’a pas pu utiliser les commodités à notre convenance… Hum, hum.



Bref, il est 10h45 lorsque nous découvrons le marché, qui était tout petit de toute manière. Les animaux étaient regroupés par catégories : les chevaux poilus, les vaches poilues, les moutons, les chèvres, et en dernier les marchands de toute sorte. Voilà.


Et de toute manière il est maintenant 11h et c’est l’heure de mon cours de cheval ! En fait, ce n’est pas fort compliqué, sauf pour monter où le gars doit me tenir le tibia, sinon une fois dessus la prise est relativement bonne. Le problème était de faire galoper ce brave cheval. « Tchuu » ou « Tcheeu » je ne sais pas ce qu’il fallait crier exactement mais j’étais pas brillant. Je suis même tombé une fois. Bronco !
A pratiquer.


L’après-midi, un gars du CBT – Marsat – nous a accompagné chez la vieille de Kochkor, une ancienne ethnologue recluse dans la montagne avec sa fille et son gendre, réputée pour son intelligence et son originalité. C’était marrant. La vieille vit sans électricité, elle branche sa télé sur une batterie de voiture, elle s’éclaire au pétrole et se chauffe au poêle à bouse de mouton.


Elle nous a raconté tout ce qui lui passait de culturel par la tête, sans liens logiques. Marsat étant là pour traduire en anglais, ils n’ont plus fait l’effort de parler russe mais uniquement Kyrgyz, impossible pour nous de piger le moindre mot en direct. La fille de la vieille nous a préparé à manger, le gendre nous a rejoints, mais la fille, elle, est restée seule durant tout le dîner, soit disant trop occupée à préparer les lits… Elle revenait aux moments stratégiques pour nous resservir et repartait aussitôt. Pourquoi ne pas nous avouer tout court que la femme qui prépare le repas ne mange pas avec ceux qui l’ingurgitent ? C’était pareil chez Sabyrbek, à Bishkek : la nièce nous regardait manger son repas.


Il y avait deux petits mômes très sages avec nous. Le dernier était bébé. Lorsqu’il pleurait, son père le prenait et lui donnait des grosses tapes sur le corps, pour le faire taire. Ça marchait bien.


Nous avons dormi dans une pièce à part, glacée, sous un tas de couvertures.

Jeudi 10 février 2005
J’ai décidé de ne me lever que s’il faisait au moins 5° dans la pièce. Les vitres étaient couvertes de dentelles de glace, le ciel était d’un bleu gelé au dehors. J’avais dormi avec mon écharpe et je soufflais de la fumée. Froid. Merde. Il faisait exactement 5°.



La montagne était belle, vue d’aussi près au matin. Les bergers étaient perchés sur leurs chevaux au loin.
Je n’ai pas eu le courage de me laver au broc.


Nous avons eu des œufs aux oignons pour le petit-déjeuner, ainsi que les sempiternelles confitures, mais celles-ci étaient fameuses, avec une crème de baies orange, qu’on étalait sur leur pain plat et trempait dans le thé bien fort et bien sucré.
Nous avons quitté la famille de la vieille et son pan de montagne. C’est là que c’est arrivé. Le pari. Cinq ans sans fumer et c’est un chameau pour le Teub. Une seule rechute avant cette date et c’est moi qui gagne le chameau ! A suivre…



Puis nous sommes rentrés sur la ville, pour y récupérer nos sacs à dos et partir plus loin, au Sud du pays, à Naryn. Ouaip, Naryn. Comme ça se prononce.


On a négocié un tarif à part avec le chauffeur de taxi : 400 Som rien que pour Teub et moi et couvrir les 100 bornes entre Kochkor et Naryn.
« Pas de problèmes, les gars, c’est parti !
Ah, au fait, j’emmène mon pote avec moi, OK ?
Ah et puis tiens, cette brave femme cherche un taxi, je l’emmène aussi, OK ? »
Et voilà, on se retrouve à cinq au lieu de trois dans le taxi en partance, et nous nous sommes faits escroquer. Bah, 8 Euros la course, ça va bien !


Dans le taxi, l’ambiance est bonne : pas d’alcool mais de la musique kyrgyz « branchée » ! Fort volume !
« Ah, dites donc, les gars, en chemin je connais un endroit super pour manger des poissons tout frais péchés du lac S’enkul, faut que vous goûtiez ça ! C’est fameux !»
On y est allé. C’était fameux.
« Bon allez les gars, vous rincez toute la tablée ! »
Quoi ? Faut qu’on paye pour les 5 ? C’est une blague !!!



Teub a fait la gueule toute la route, et moi j’ai fomenté un plan de revanche en bouillonnant intérieurement. Les enculés…


« Comment ça, 300 Som ? Vous êtes en train de me tuer !! »
Ecoute, papy, c’est le tarif, on est gentil avec toi.
« Mais c’est pas possible ! Vous allez voir, on va parler de vous ici, vous ne pourrez plus prendre un seul taxi pour repartir ! »
Comment nous reconnaîtraient-ils ? Moi avec ma barbe et Teub avec ses bottes de martien, les deux seuls étrangers aux 300 km2 à la ronde… ?


Un autre problème nous préoccupe déjà beaucoup plus : le CBT est fermé, il est bientôt 18h, la nuit tombe, on n’a nulle part où dormir. Il y a quelques adresses improbables scotchées aux vitres de l’office, on en note trois en vitesse et on se met à leur recherche. Quoi ? Ca pouvait marcher !
Et ça marche ! Le premier endroit était occupé mais le second nous attendait ! Nous ?? Génial ! Le CBT fait vraiment bien les choses, l’appartement est spacieux, tout ça pour nous, cool !



Mais à 18h30, un autre couple débarque. Ce n’était pas nous qui étions attendus… Nous sommes dépités, à nouveau sans domicile… Petit coup de fil désespéré au coordinateur du CBT, qui répond, et qui nous attendait effectivement mais dans une famille d’accueil de l’autre côté de la rue !! Youpi !!!
Et là, super petite vieille – Madame Bartogul – bien sympa, appartement séparé, surchauffé, et bien kitch, bouffe excellente, tout est tip-top, bienvenue à Naryn !

 


Vendredi 11 février 2005
Bon. Aujourd’hui est un jour plutôt déprimant à Naryn, qui est une ville certainement architecturalement proche de la Sibérie : immeubles carrés et généralement bruns, des fils électriques, des décharges de poubelles essaimées, une longue rue principale de 15 Km, et un lonely planet minable en tant que guide.

 

Cela dit, Naryn nous permet enfin de comprendre un truc : pourquoi un pays comme le kyrgyzstan, qui n'a pas de balayeurs à tous les coins de rue, reste globalement plus propre que la France ? Réponse en images...

 


Malgré tout, Naryn possède un marché super dans les rues derrière, avec toutes les fringues, les ustensiles pratiques, les légumes, la viande qui pend, les épices colorées, et les boui-boui restaurants ! Mais, mis à part ce chouette marché, Naryn est vraiment bof. Nous sommes tout gelés. Il fait -4°. Mes poils de nez se collent. Même aller marcher dans la montagne n’est plus inspirant, cela nous apparaît à présent comme de gravir une pente dans une station de ski en France… Quel intérêt ?


Samedi 12 février 2005

Les monuments ! Voilà un bon but pour un touriste qui se respecte à visiter ! Il se trouve que quelques vieilles pierres tiennent encore debout à 80 bornes de Naryn : allons-y !
Allez ! On va prendre un bus jusqu’à At-Bashy, puis on va louer une jeep pour affronter les plaines enneigées, 1500 à 2000 Som l’aller-retour ! Allez ! Allez…
On n’y est pas allé.
De la merde, nous on va se la gravir, cette montagne, et ici même, à Naryn ! Na ! On va voir ce qu’elle donne, cette ville, vue d’en haut !
Et c’était parti. Un peu difficile au démarrage, à cause des buissons d’épines cachés sous la neige qui nous empêchaient de nous accrocher, et de tous ces chiens qui aboyaient à la mort, mais ensuite tout s’est calmé et nous avons profité d’une petite pente dans 40 cm de neige maximum. Tout de même bien crevant mais sympa. Nous sommes montés haut, presque aussi haut que les montagnes de l’autre côté de la ville. J’ai abandonné avant le sommet. Teub est parti seul en reconnaissance voir s’il pouvait atteindre la forêt d’altitude et ses loups, pendant que la brume couvrait entièrement la ville en bas.

 


Nous sommes redescendus vers 17h pour aller tester les pirojkis locales : patates + viande + oignons en beignets ; ça, c’est évolué ! Puis habituel thé et café au lait dans le café du coin.
Bonne marche, donc.
Je suis crevé.


Avant de m’écrouler complètement, je vais me saouler à l’alcool de mirabelles emporté par Teub…
Demain, nous retournons à Bishkek avec gros Boris, c’est le mari de notre logeuse, et il est… taxi ! Si la vie est pas bien faite, tout de même… !


Dimanche 13 février 2005

Nous petit déjeunons tranquillement pendant que gros Boris va chercher deux autres clients pour notre trajet vers Bishkek ; tout le monde paiera sa part cette fois.
Les routes se vident de leur neige au fur et à mesure de notre avancée. La fille qui occupe la banquette arrière avec nous ne décroche pas un mot, je lui arrache son prénom d’un coup de dent. Mignonne. Elle ne bougera pas d’un poil du trajet, même lors du changement de pneu crevé. Juste une cuisse chaude appuyée contre la mienne.
Devant, gros Boris suit la route de ses yeux plissés, son voisin lui parle sans discontinuer. Boris acquiesce d’un borisborygme.


Nous sommes arrivés en avance à Bishkek en train de fondre, Sabyrbek n’est pas dans son Bed & Breakfast comme convenu. Par contre, le bar Navigator est là, bien ouvert ! Orgie de cakes et de cocktails revitalisants en attendant le retour de Sabyrbek.
C’est dimanche, la plupart des bars sont vides, sans vie. Nous finissons au «metro» où nous nous imbibons de bière avant de partir à la recherche d’un hypothétique restaurant indien que nous ne trouverons jamais.
Nous finissons seuls au restaurant face à l’ambassade. Bof, bof. Petite forme. Grosse envie de dormir. Demain, nous nous levons pour attaquer le dernier morceau du Kyrgyzstan : le grand Ouest ! à 6h00…

Lundi 14 février 2005
Hop, levé bizarre. Karl saute sous la douche. J’ai du mal à me lever. Je prends un petit-déjeuner rapide, trop rapide. Je refais mon sac, je remballe encore mes affaires. J’ai l’impression d’être un zombie ce matin.


Le taxi nous attend dehors pour nous emmener à l’aéroport. C’est une bonne vieille Mercedes au ronflement de moteur caractéristique. Le long de la route, les arbres aux troncs blanchis de chaux laissent leurs branches enneigées se pencher sur notre passage. Des tiges gelées, parfum d’hiver.



Nous étions parfaitement à l’heure pour l’enr
egistrement, mais quand même une heure en avance sur les employés de l’aéroport. Nous avons attendu. Puis nous sommes passés à l’enregistrement. Et avons encore attendu. Deux heures. Sans nouvelles. Jusqu’à ce qu’on nous prévienne que le vol serait probablement annulé, étant donné les conditions d’atterrissage à Jalal-Abad, notre ville de destination. Nous avons encore encore attendu. Et puis l’avion est arrivé et nous avons décollé vers Jalal-Abad. Tout simplement. Il suffisait d’être patient…
Il aurait été dommage de rater ce vol : l’avion était un Yak40 à 30 places, des sièges en barres de métal soudées au carré, recouverts des tentures en velours de mémé dans les années 70. Ils avaient certainement remplacé les hélices par des réacteurs et repeint le tout de frais la semaine dernière. Un must.


On a survolé les montagnes sans s’écraser dessus. Nous discutions déjà avec Teub de savoir qui mangerait l’autre.


Vu de l’aéroport, Jalal-Abad est encore un joyau de déprime mais rigolo de dépouillement. L’étranger n’est pas le bienvenu ici, ou en tout cas pas nous, ou pas aujourd’hui.
Nous avons vite fait d’avaler un repas incompréhensible et d’aller téléphoner au coordinateur du CBT, il est 14h24.


A travers les vitres du taxi nous emmenant au rendez-vous, Jalal-Abad apparaît déjà beaucoup plus vivant et surprenant qu’au premier abord, il y a là des marchés et des gens aux bonnes figures dans les rues.


On se trompe d’endroit et on débarque dans une pharmacie !
« Ce n’est pas ici, le CBT ?
– Non, ici vous êtes dans une pharmacie.
– Mais la coordinatrice du CBT n’est pas ici ?
– Ah non, vous voyez bien que nous n’avons que des médicaments, ici ! »
Et la sympathique pharmacienne nous accompagne dans la rue d’à côté, où nous avions plus précisément rendez-vous !
Ruszora et sa soeur nous ont accueillis dans un appartement très chouette, puis nous sommes allés nous promener dans le marché qui était à deux pas.


Le centre de Jalal-Abad, si c’est bien lui, est tout petit et organisé autour d’un immense bazar à multi-entrées, pleins de beaux trucs mieux qu’à Wazemmes mais avec le même genre de redondances, et des fils qui courent à hauteur de la tête, pour notre haute taille de non-kyrgyz. Ou Uzbek, puisque nous sommes très proches de la frontière avec l’Uzbekistan. D’ailleurs cela se lit sur les visages : des traits moins mongols, plus occidentaux, et du coup plus beaux selon nos critères habituels. Moins de marmottes, c’est net…
Ce marché est curieux, on y trouve même une étable remplie de tables de billards!



Le soir, il est difficile de trouver un café avec un peu d’ambiance, et pourtant la rue est remplie de gens ! Alors où vont-ils tous ? Eh bien, là, dans la rue, tout simplement. Le Kyrgyz-Uzbek a une culture de la rue.

 


Mardi 15 février 2005
C’est l’odeur des pancakes qui nous a réveillés ! Normalement, une journée qui démarre ainsi ne peut être qu’exceptionnelle. C’est bien là le terme.
Parce qu’une heure après nous étions entassés à quatre sur la banquette arrière d’une mini-voiture Coréene, de celles qui ne prennent normalement pas plus de quatre personnes EN TOUT ! Ajoutez à nos carcasses compressées le chauffeur, donc, son passager, ainsi que nos deux relativement gros sacs à dos, et vous aurez une assez bonne vision de notre trajet jusqu’à Bazar Kurgan ! Nous étions si heureux de nous en extirper après une petite demi-heure, pauvres naïfs que nous étions. Parce qu’après nous nous sommes embarqués dans un véhicule bien pire : le bone-shaker ! Un bus tout terrain plein à craquer, des gens même debout. Tout le monde voyage tout le temps, dans ce pays ? Fou. 42 kilomètres, deux heures et demi de secouage, martelage, soubresauts et écrasements en tout genre sur une route de terre.
Notre but était pourtant noble : rejoindre la sympathique ville d’Arslanbob dans la montagne avoisinante et jouir de sa forêt de noix.
J’ai eu mal comme jamais. Chacune de mes vertèbres a été comprimée vingt mille fois, mon estomac ne savait même plus à la fin s’il était vide ou rassasié.


J’ai été accueilli à Arslanbob dans les bras d’un géant complètement torché qui me souhaitait la bienvenue ! Eh bien malgré tout ça faisait plaisir ! Surtout, ne pas penser au retour…

 


Heureusement, Hyatt notre coordinateur CBT nous attendait avec sa bonne figure jouasse et sa moustache de vainqueur. Il nous a présenté notre programme du lendemain puis nous a escorté à l’autre bout du village, chez notre famille d’accueil, dans la maison N°9, celle de Madame Bartogul bis.
On y a monté nos lits, on a attendu sagement l’heure du repas, on a mangé proprement, et on s’est écroulé de sommeil. Putain de journée exceptionnelle.


Mercredi 16 février 2005
8h30. Petit-déjeuner composé de colle au riz salé. Pas de douche parce que c’est juste un filet d’eau qui coule de la rivière jusque dans la cour enneigée. Brrr…
10h00 au CBT. Hyatt nous présente notre guide de la journée, Lachin, ainsi que notre cuistot à chachliks pour la pause de 13h.


Le plan est simple : faire le circuit touristique d’été, mais en hiver. Pour cela, nous sommes armés des plus belles raquettes à neige qui soient, en forme de boites à camembert avec des tresses de cuir pour poser le pied. Des bouts de ficelles maintiennent la chaussure à peu près en place. Peut mieux faire. Mais ça marche pas mal.


On se présente d’abord devant une petite chute d’eau aux significations sacrées, puis à un magnifique panorama sur la vallée.


Franchement, Arslanbob est un beau coin, qui donne envie de revenir en été pour gravir les montagnes et passer les cols tout autour. Enfin, l’après-midi est réservé à la montée du village vers la grande chute d’eau, clou de notre visite en ces lieux reculés.


On s’arrête en chemin par la maison de Lachin pour manger les chachliks, puis nous repartons bien pleins et super motivés vers la grande chute. Que nous ne verrons jamais. Car la brume débarque et notre guide frileux préfère interrompre notre progression. Frustrés, nous ? Tu parles. On trépignait de rage. Voilà, un guide, ça sert à aller moins loin dans la vie !



Toute cette marche pour rien ? Pas vraiment… A force de laisser ma machine humaine fonctionner en automatique, je m’aperçois que j’aime ça, marcher dans le froid. Y’a pas, c’est bon !


Redescente au village, petit arrêt surprise chez un ami de Lachin qui nous offre toute l’hospitalité forcée du bon musulman et descente finale en luge jusqu’au centre.
Nous sommes contents ! Notre frustration s’efface et reste juste le souvenir d’une bonne journée bien physique dans une belle vallée.


Ah ! C’était bon ! Hop, hop ! Voilà, voilà… Et maintenant ? Doit-on déjà penser au retour, au bone-shaker, à l’aéroport de Moscow et à la France ? Déjà… ?
Demain.


Jeudi 17 février 2005
Voici le commencement du début du retour. On a le temps. On prend le temps.

Car pendant plusieurs heures ce sera bone-shaker II, le retour.
Et en effet, c’est atroce. Karl angoisse toute la route pour son sac, arrimé au mien sur le toit. On les entend s’éjecter au moins vingt fois par minute, la carlingue est tellement secouée qu’on ne peut absolument pas imaginer que quelque chose puisse encore exister là-dessus après ce qu’on subit. Et ça dure longtemps. Je ne peux pas m’empêcher de jurer deux ou trois fois, chaque mètre parcouru est un cri intérieur de plus.


Mais tout se termine toujours et Bazar Kurgan nous ouvre ses portes, ainsi que son marché : des gros pneus, des pièces mécaniques, des bidons d’huile, une sorte de dépotoir. Karl choisit cet endroit pour manger, moi j’ai le bide retourné.


On repart pour Jalal-Abad.


(Photo du taxi de base, pas cher comme d’hab’, qui va nous arnaquer à l’arrivée,
comme d’hab’. Dans la rue, tout le monde est dehors, c’est normal,
Sarkozy se chopperait un torticolis ici…)

A l’arrivée, heureusement que Ruszora nous attend à l’appartement de Jalal-Abad où nous pouvons nous reposer.


Nous sommes intelligents : nous achetons des victuailles au marché du centre ville en prévision de notre longue journée de calvaire languissant et hors de prix à l’aéroport de Moscow. Des nouilles aux carottes, des clémentines, des cacahuètes au sésame sucrées.


Le soir, nous nous offrons une orgie de chachliks dans un vieux boui-boui bien sympathique où les deux filles de la patronne se démènent en souriant.



Il n’y a pas de bars, à Jalal-Abad. Donc dodo à 22h, longuement mérité.

Vendredi 18 février 2005
Joyeux anniversaire, Teub ! C’est son anniversaire aujourd’hui, Teub 1er a 33 ans.



De retour en retours, voici celui vers Bishkek, avec un avion curieusement à l’heure et un vol matinal sans histoires.
A l’aéroport, on teste enfin le minibus qui nous emporte vers le gros Osh Bazar de Bishkek pour 20 malheureux Som. Le Kyrgyzstan est vraiment le spécialiste des bazars, celui-ci étant créé tout exprès pour s’y perdre ! Immense.
De Osh Bazar, il nous a suffit de remonter l’avenue Chuy pendant une demi-heure pour rejoindre le centre de Bishkek, nous arrêtant régulièrement pour nous réchauffer dans les cafés. De toute manière on a que ça à foutre. Notre avion pour Moscow ne décolle qu’à 6h du mat’ le lendemain.



On fait quelques emplettes : un nouveau dictionnaire de grammaire russe pour Karl, un CD de musique russe suave pour Bronco.
Puis nous glandons dans un bar international, c’est à dire anglophone. Nous avons déjà l’impression de ne plus être au Kyrgyzstan. On finit ensuite la soirée au bar Navigator pour fêter dignement Karl à grands coups d’alcool raffiné, mais le cœur n’y est plus. Faut se barrer. Aller à l’aéroport. Attendre quatre heures dans le froid avant enregistrement. Puis deux heures avant embarquement. On croit que le froid ne s’arrêtera jamais de nous faire frissonner à présent. Je tremble de partout. Je suis défait, moulu, lessivé.


Samedi 19 février 2005
C’est l’épilogue. Qu’ajouter ? Que nous avons dormi par intermittence dans le Tupolev aux sièges de nains, mangé des plateaux insipides servis par Miss Playboy 2004 ? Oui. Avant de débarquer pour notre longue peine au goulag de l’aéroport de Moscow. J’ai encore dormi un peu dans les couloirs.



J’ai le bide totalement défoncé. Heureusement que nous avions prévu notre bouffe, c’est déjà ça de moins d’écoeurant.
A 21h un nouvel avion nous attend à l’embarquement. A 23h nous débarquons à Bruxelles comme des réfugiés dans les bras de Jeff, fidèle au rendez-vous.


Rigolote petite fille de Jeff avec laquelle Teub s’est amusé comme un fou :


Voilà, c’est nous après 3 semaines de voyage ensemble :



Tout de même, quelle belle trainée de liberté on a laissés derrière nous : un pays en pleine révolution, et il parait que le Bachkortostan veut faire pareil à présent... Objet d'une prochaine aventure !

Pour finir, voici en cadeau une belle phrase très utile à placer en toute circonstance, et principalement avec des chauffeurs de taxi :

Prononcée : "Kakda ya tibia vidiel, ou minia panos", elle signifie : « Quand je te vois, j’ai la diahrée ! »


Bonjour chez vous !

Wandering et Teub, dans une autre expédition improbable réussie.