Le
Kyrgyzstan est un petit pays coincé entre l’Uzbekistan, le Kazakhstan, le
Tajikistan et la Chine, qui ne finit pas en –stan. Si vous voulez,
elle est plus au Sud de la Russie, plus au Nord de l’Afghanistan
et quand même bien à l’Ouest de la Chine. Bref, c’est
loin.
En taille et distances franco-françaises, on pourrait dire que le Kyrgyzstan
va de Caen à La Rochelle et de Brest à Paris. Pour enfoncer le
clou, on se figurera que Caen est la Capitale, mais que nous appellerons Bishkek
pour plus de compréhension locale. Voir figure P, comme Plan.
Figure P.
Au Kyrgyzstan, on trouve des Russes qui parlent russe, des Kyrgyz qui
parlent russe et kyrgyz, des Uzbeks qui parlent russe, kyrgyz et
uzbek, mais pas de
Bretons, curieusement. On trouve aussi des Musulmans qui parlent l’arabe dans le
texte, mais pas tous. Faut pas rigoler. Quand on boit trois bouteilles de vodka
d’affilée, qu’on vend des bouquins de fesses en kiosque et
qu’on mange des steaks de jambon, on ne me la fait pas, à moi
!
Nous dirons donc que, officiellement, les Kyrgyz sont musulmans…
L’aéroport international de Bishkek (Caen) est grand.
Pas aussi grand que celui de Moscow, où Teub et moi avons eu
le temps d’admirer
l’architecture fonctionnelle et de goûter au café à 5
Euros – encullléééééés!!! – pendant
17 heures d’affilée…

(Les bonnes astuces de Teub : pour les ceux qui un jour transiteront
par Moscou, sans visa russe, prévoyez plein de trucs faits par votre grand-mère,
et de la boisson et aussi des jeux, voire une ennemie à punir, sinon, ça
donne ça : Bronc asleep.jpg voir tout en bas…)
Bref, nous sommes arrivés à l’aéroport de Bischkek.
Seulement à 5h30 du mat’, y’à pas grand chose d’autre
que des chauffeurs de taxi qui vont nous vendre les trente kilomètres
nous séparant de la ville au prix d’une nuit d’hôtel
tout inclus : 300 Som. Soit 6 Euros…
En cadeau avec l’aube et notre arrivée dans le centre de Bishkek
désert, notre chauffeur nous offre un tour d’à peu près
trois minutes de la place, mine de rien, genre j’suis sympa, j’suis
chauffeur d’taxi, pour finalement demander une rallonge de 30% pour la "visite"… « Niet,
niet, niet, va t’faire mettre, Vladimir ! » Les français à l’étranger
sont méchants…
Il neige. La grand-place avec son musée moderne, ses drapeaux multinationaux
et ses bâtiments carrés à l’architecture aérée
est déserte, recouverte par un doux matelas blanc. Il fait froid, mais
pas trop. Juste assez pour ouvrir les sacs et enfiler une couche supplémentaire.
On est complètement désorientés mais pas perdus. Nous sommes
des voyageurs dans un nouveau pays, et nous sommes ici pour découvrir.

Un Bed & Breakfast à l’ambiance familiale est supposé être
au Sud de Bishkek, c’est notre première destination. Teub et moi
avons les yeux grands ouverts dans ce lever de soleil, on matte les rues aux
rangées d’arbres, les voitures matinales qui manoeuvrent tout en
dérapage, les petits culs sur la route, les appartements à quatre étages,
les cours des écoles, les petits culs sur le trottoir.






Teub a faim. Il veut un café ! Celui qu’on trouve, le "Bel
Canto", désert, est excellent ; comme une cantine avec des nappes
en plastique et des cuisinières en train de s’affairer pour les
repas du jour. On y teste notre première Pirojki, un beignet de patates
succulent, avec thé sucré et café au lait. Le bonheur. Là,
on sait qu’on va y arriver ; quoiqu’il arrive, on pourra
survivre au Kyrgyzstan !
C’est Sabyrbek qui nous ouvre sa porte : pas un seul touriste
en hiver, toutes les chambres sont à nous ! Il a une salle de
bain commune avec baignoire et eau chaude, toilettes avec siège
et PQ élastique,
lits en planches de bois avec futon millimétrique : il est
8h, hop, au dodo!
Comment on a flingué notre première journée ! Bon, on s’est
quand même levés, mais le soleil nous est tombé sur le gueule
le temps d’aller chercher une carte du pays et de bouffer des chachliks,
une brochette de viande épicée à souhait.
On n’a pas trop tardé pour goûter au dîner à la
maison, globalement du chou, chaud et froid assaisonné à toutes
les sauces, mais aussi une salade de pâtes, quelques saucissons et fromages
carrés, et un dessert de pain et de confiture. A 22h je ronflais.

Jeudi
3 février 2005
Il fait -2°. Une rigolade vu les vêtements que l’on
a apportés
! De toute manière, les filles ont en petit jean et se
baladent les mains nues. Pas frileuses. Teub me glisse : « ça
n’en reste pas
moins des marmottes : elles ont les joues pleines et tirées
vers le haut, comme au-dessus d’un puits d’anti-gravité,
c’est horrib’,
des faces plates, je comprends pas, elles étaient si belles à Yakoutsk… »
Bishkek, c’est beau sous la neige. On se repère facilement avec
les rues bien droites, les lotissements carrés, les bus et les minibus
qui circulent partout. On finit par trouver le distributeur de billets, les vendeurs
bien organisés dans les passages sous terrains aux carrefours des avenues,
le grand magasin style Printemps, la mini tour Eiffel devant l’ambassade
de France, le siège du CBT qui nous donnera les prochains contacts dans
les familles d’accueil, les parcs et puis surtout les cafés ! Je
suis déjà un théoolique, je ne bois que ça. Teub
reste accroché à son café au lait à l’extérieur
(le thé, ça jaunit les dents pire que le tabac à chiquer,
je le sais, j’ai fini par m’y mettre : y’a jamais d’eau à table
!)

(Le
soir, la vue face au restaurant dans lequel on avait pu dénombrer
4 clients, 30 tables,
et 6 serveuses qui s’emmerdaient à nous faire
douter du sens de l’existence…)

(Après le resto, les stands d’où qu’ils
ont encore de la pelloche Polaroid,
pas comme à BoxLAND! On aperçoit le musée
moderne qui sert
de fond aux photographes romantiques de
la place)
On organise quand même un minimum les jours à venir, on prévoit
un planning qui nous fera visiter l’Est du pays avec son lac mondialement
réputé pour ne jamais geler, puis le Centre-Sud du pays et ses
températures de -30°, et enfin l’Ouest pour ses parfums aux
80 nationalités.
Hop, c’est parti ! Pour fêter ça, nous allons, Teub et moi,
dépenser une fortune locale dans les bars, d’abord à coup
de gins avec pépé qui joue du piano assis, puis au Navigator du
bout de notre rue où quatre pépées nous offrent un défilé de
déhanchement de la table aux toilettes. Bourrés, nous franchissons
la porte de Sabyrbek après minuit, où seul le chat
ne dormait pas encore.

(Les taxis devant le Navigator)
Vendredi 4 février 2005
11h. Il faut absolument que nous choppions le bus pour partir vers
le lac Issyk-kul, au fond duquel nage Saint-Matthieu, celui des Evangiles,
eh
oui Monsieur !
L’histoire
a touché aussi le Kyrgyzstan.
Tamchy devait être notre premier stop, au pied du lac. C’est à 220
bornes plein Est. 5 heures en bus.
Les chauffeurs de taxi essaient de freiner notre précipitation en nous
faisant croire que les bus ne circulent pas en hiver, trop froid, ça glisse… Teub
essaie de les calmer. Parce que des bus, il y en a plein ! Qui d’ailleurs
sont pleins. A craquer. Le chauffeur nous accueille in extremis, pour 120 Som
(2 Euros 40) le voyage, et nous planque dans le fond avec nos sacs, sur la banquette
arrière.
Notre voisin est un chouette gars à casquette du genre 27 ans, il voyage
avec sa femme qui a des yeux à faire craquer, sa sœur qui est un
peu hystérique et deux de ses potes du coin. Le bus démarre, la
première bouteille de vodka est déjà entamée.

« Et comment tu t’appelles ? Tu viens d’où ? Tiens, bois un
coup, avec du pschitt citron ça passe mieux. Et tu vas où ? Eh,
mais ça te dirait pas de venir chez moi ? Tiens, bois un coup. Viens chez
moi, on va être potes ! T’aimes bien ? Bois donc un
coup, cul sec ! »
C’était excellent ! Le bus était parti et l’ambiance était
lancée à fond les manettes, chaud devant ! Teub a sorti une bouteille
de poire liqueur pour échanger, on a picolé comme des fous et tout
le monde voulait nous inviter chez eux. Le mec marié avait l’air
réglo, il allait 70 bornes plus loin que Tamchy, jusque Grigorevka, on
a dit OK pour l’accompagner. Et là ça a été le
début de la fin.
Les deux potes nous faisaient boire, l’un en reprenant nos prénoms
(Karrrle et Gaf), et l’autre après trois mots d’anglais a
répété sans cesse « Daß ist Fantastisch ! » et « Sprechen
Sie Deutsch ? » genre toutes les 10 minutes pendant les 5
heures du trajet.
Après trois bouteilles, un des amis a vomi devant lui son alcool et sa
pirojki, ils ont laissé sécher puis notre futur « hôte » s’est
assis dedans. A l’arrêt suivant, le mec qui avait dégueulé est
allé acheter une autre bouteille de vodka et de bière et ils ont
remis ça. Notre « hôte » précédemment
raisonnable a commencé à répéter aussi : « Mes
invités sont comme ma femme, ils sont mon cœur ; on va aller faire
du ski ! », encore et encore et encore, j’en pouvais plus de dire « j’ai
compris », « bien », et alors sa femme s’est mise à pleurer
lorsque les deux amis ont commencé à se frapper et que le mari
(notre « hôte ») a essayé de s’interposer, et
la sœur mettait ses mains partout sur Karl, et elle buvait aussi avec un
verre sur lequel il y avait du vomi séché, et elle répétait
: « We are agree with you ? » et si on avait le malheur de dire « agree » ou « yes » pour
s’en débarrasser, elle demandait : « Why ? » C’était
insupportable, j’avais envie de lui foutre des baffes !
A un moment, j’en pouvais plus et j’ai dis à Karl que si on
arrivait à Tamchy, je descendrais volontiers plutôt qu’aller
plus loin avec nos « hôtes ».
Coup de bol, l’arrêt suivant était Tamchy ! Hasard, quand
tu nous tiens… On a empoigné nos sacs, et nos amis ont sauté dessus
en même temps ; ils refusaient de nous laisser partir ! Karl a forcé,
moi aussi, le chauffeur est venu ouvrir la porte arrière du bus pour me
permettre de sauter, je l’ai remercié, Karl est apparu à ce
moment par la porte avant, essayant de voir ce qu’il avait perdu dans la
bataille, et le bus est reparti dans un nuage de fumée.
C’était sport !
Il fait bon, à Tamchy. Tout est calme. La température est douce,
il n’y a plus de neige ou à peine dans les rues, les moutons se
baladent presque en liberté un peu partout.
Nous sommes logés tout au bord du lac Issyk-kul dans une famille affiliée
au CBT. Dans la chambre des occidentaux, il fait 27. Z’ont pas vu qu’on était
poilus, ou quoi… ? Je me suis levé au petit jour pour aller pisser
dans la cabane, les premiers rayons de soleil se reflétaient à la
surface de l’eau bleue, agitée par des petits rouleaux.

Il y a des montagnes qui grimpent juste derrière la grand-route
; il faut aller voir !
Samedi
5 février 2005
… allons explorer…
Par la plage, on peut accéder aux autres rues du village, où on
trouve un étrange château, tout entouré de murs épais
et de portes blindées, et composé à l’intérieur
de bâtiments divers : un poste d’observatoire en forme de soucoupe
volante rose, un donjon en briques, une énorme bâtisse principale
au fond, une grue encore en activité… Drôle d’endroit,
issu de la folie constructive de son propriétaire.


On remonte la rue, traverse la grand-route, et on prend tout droit,
vers le cimetière
et au loin les montagnes majestueuses.


La plaine s’étend sur des kilomètres. Plate et infinie. Teub
et moi avançons sans vraiment apercevoir de changements dans le paysage.
Simplement, le lac devient plus petit dans notre dos, et on finit par apercevoir
de l’autre côté, perdues dans la brume, d’autres
montagnes, reflets de celles vers lesquelles nous marchons.


Le pass que nous avons visé finit par se rapprocher, les pics enneigés
grandissent à nos yeux. Alors la plaine s’arrête et la montée
se fait sentir. C’est une des caractéristiques du Kyrgyzstan : les
régions montagneuses ne s’annoncent pas doucement comme en France,
ici c’est plat et tout à coup, vlan ! Ça
grimpe tout droit.
On a marché pendant 3h30, en croisant des petites bergeries et des terrains
piétinés par les bêtes sauvages, wou
!


J’ai uriné avec style ; ça a beaucoup plu à Teub
:

On a refait le monde aussi, décidé que la peur gouvernait les bien
insérés, et commencé à dresser les plans du BoxVillage
où il y aura : des baignoires pour niquer sous les étoiles, des
chameaux, un studio d’enregistrement, une boxForge et plein d’autres
trucs rigolos et utiles à la fois comme des ruches et des stands à gaufres
!
Franchement, une fois engagés dans le pass, on aurait bien continué plus
loin, mais avec une gourde vide et un bout de Granny comme matériel de
camping, c’était léger, donc on
a fait demi-tour.
On est rentrés dans le noir. Le soleil s’est couché sur
notre route en habillant de rose ces superbes montagnes.

Putain, c’que c’est beau, tout de même,
le Kyrgyzstan !
Dimanche
6 février 2005
On a quitté Tamchy et les mômes qui nous regardaient passer, aux
environs de midi. Après les mômes, ça a été à notre
tour de regarder les bus passer, pleins à craquer, les minibus pareils,
et aussi les taxis. Rien à faire, qu’à attendre. Jusqu’à ce
qu’un vieux bus, ronflant et fumant, s’arrête. J’ai pas
compris où il allait, mais il passait par Balykchy, endroit
du transfert pour partir vers le Sud.
Non, nous n’avons pas poussé plus avant notre exploration de l’Est
Kyrgyz. On voulait affronter le grand froid. On avait quand même payé pour ça
!
Le bus était démentiel : la moitié des fauteuils du fond étaient
défoncés, le reste était couvert de poussière, les
rideaux tombaient en lambeaux, et le pot d’échappement était
réglé pour cracher son gasoil à l’intérieur
du véhicule ! Un vrai bus routard, c’était génial
! 100 bornes pour 25 Som, une blague.

Bon, on s’est un peu gourés de 5 kilomètres par rapport à la
station de bus de Balykchy, mais on a fini par y arriver, la fleur au fusil,
tout contents de notre périple, et prêts pour le suivant. Sauf que
là, il n’y avait pas de bus. Le Sud, c’est
en taxi ou rien. Merde.
Après discussion, on a promis à un gars de prendre son tacos et
on est allés se restaurer vite fait au café du coin avec des raviolis à l’eau.
C’est là qu’on a rencontré $lim. Un rappeur. Avec une
tête de boxeur. Il disait aussi mother-fucker toutes
les 45 secondes. Marrant.

Taxi, donc, direction Kochkor. Le chauffeur est super sympa
; il nous invite chez lui où il a deux ou trois filles ! Mais comme un chauffeur de taxi
n’est motivé que par l’argent qu’il peut nous grappiller,
on le laisse nous déposer au CBT de Kochkor après quelques suppléments
monétaires, que Teub surenchère comme un
Prince ; notre moustachu doit encore se demander comment
il a fait
!

Il fait beau, à Kochkor. Limite chaud, presque +10° ! Avec Aïda,
la coordinatrice du CBT, on envisage la possibilité d’aller se peler
les miches au lac Song-Kul – rebaptisé S’enkul par Teub – une
curiosité locale, inaccessible en hiver sauf à traverser les montagnes à pied
pendant 10 heures à -30° jusqu’aux yourtes de pécheurs,
résidents du lac gelé.
En attendant, on va s’installer chez une famille locale, Nurchat & Baket – rebaptisé Bitok
par Teub –, grande maison avec chiottes et douche chaude à l’intérieur,
du trois étoiles local pour 250 Som (5 Euros).

Lundi 7 février 2005
Discussion avec un pécheur à la peau tannée sauf dans les
plis des yeux : il revient tout juste de S’enkul. 10 heures dans 1 mètre
de neige, à -35°. Il dit que c’est jouable. J’hésite… C’est
pas que je sois frileux, mais mon dos, tout ça… Est-ce parce que
je suis faible que mon dos me fait souffrir, ou est-ce l’inverse ? Me suis-je
créé une carapace pour me protéger ou pour m’empêcher
de vivre des expériences nouvelles ?
Tout en y réfléchissant, Teub et moi sommes allés marcher
vers les montagnes au Nord de Kochkor, derrière la rivière, là où ça
n’est pas enneigé.

Sur les hauteurs, je me suis offert une bonne séance de Qi-Gong revigorante,
pendant que Teub enregistrait les bruits du vent en rêvant à des
deltaplanes à moteurs… Elle était belle, cette ville, dans
la plaine, avec au loin les pics enneigés du Sud.

Nous sommes allés prendre une bière au café en grignotant
des croûtons au fromage en guise de chips locales.
La bière était forte. Et dehors la température avait chuté.
On n’a jamais marché aussi vite au retour
vers la baraque !
Mardi 8 février 2005
Non, c’est non. Nous n’irons pas à S’enkul. Aïda
du CBT est toute soulagée ! Par contre, j’exige un cours de cheval
pour apprendre à monter à cru, à la Kyrgyz ! Ce sera demain,
après le marché aux bestiaux.
Comme nous nous levons tous les jours aux aurores – hum, hum – il
est déjà temps d’aller déjeuner… Au café,
bien entendu, où nous commençons à prendre nos petites habitudes,
Teub aimant à y commander ses brochettes journalières
de chachliks.
Cet après-midi, nous visons le Sud et ses montagnes enneigées.

Les Kyrgyz ne comprennent
pas l’intérêt d’aller marcher
sur leurs montagnes. Nous non plus. C’est juste bon. Et c’est beau.
Nous y rencontrons ce qui correspond si parfaitement à l’image qu’on
pouvait se faire du Kyrgyzstan : des plaines aux terres colorées, des
bergeries parsemées, des montagnes tout autour de nous, perdues dans un
ciel bleu et vaporeux. Un mélange de réalité et de mystère,
de palpable et d’infini. Photo.

J’ai de nouveau uriné avec style ! Teub a apprécié mes
efforts :

Notre but était d’atteindre une petite butte pour y manger du chocolat
et des pommes avant de redescendre. C’est ce qu’on
a fait. Photo.

Je vous laisse deviner ce qu’on est allés faire avant
de rentrer à la
baraque…

Mercredi 9 février 2005
C’est le jour du marché aux bestiaux. Ca commençait à 9h00.
On voulait y aller tôt avec Teub pour profiter de l’ambiance locale.
Mais comme la veille on avait fait la connaissance de deux douaniers qui eux
aussi restaient chez Bitok pour la nuit, on n’a pas pu utiliser les commodités à notre
convenance… Hum, hum.

Bref, il est 10h45 lorsque nous découvrons le marché, qui était
tout petit de toute manière. Les animaux étaient regroupés
par catégories : les chevaux poilus, les vaches poilues, les moutons,
les chèvres, et en dernier les marchands de toute sorte. Voilà.


Et de toute manière il est maintenant 11h et c’est l’heure
de mon cours de cheval ! En fait, ce n’est pas fort compliqué, sauf
pour monter où le gars doit me tenir le tibia, sinon une fois dessus la
prise est relativement bonne. Le problème était de faire galoper
ce brave cheval. « Tchuu » ou « Tcheeu » je ne sais pas
ce qu’il fallait crier exactement mais j’étais pas brillant.
Je suis même tombé une fois. Bronco
!
A pratiquer.
L’après-midi, un gars du CBT – Marsat – nous a accompagné chez
la vieille de Kochkor, une ancienne ethnologue recluse dans la montagne avec
sa fille et son gendre, réputée pour son intelligence et son originalité.
C’était marrant. La vieille vit sans électricité,
elle branche sa télé sur une batterie de voiture, elle s’éclaire
au pétrole et se chauffe au poêle à bouse
de mouton.

Elle nous a raconté tout ce qui lui passait de culturel par la tête,
sans liens logiques. Marsat étant là pour traduire en anglais,
ils n’ont plus fait l’effort de parler russe mais uniquement Kyrgyz,
impossible pour nous de piger le moindre mot en direct. La fille de la vieille
nous a préparé à manger, le gendre nous a rejoints, mais
la fille, elle, est restée seule durant tout le dîner, soit disant
trop occupée à préparer les lits… Elle revenait aux
moments stratégiques pour nous resservir et repartait aussitôt.
Pourquoi ne pas nous avouer tout court que la femme qui prépare le repas
ne mange pas avec ceux qui l’ingurgitent ? C’était pareil
chez Sabyrbek, à Bishkek : la nièce nous
regardait manger son repas.
Il y avait deux petits mômes très sages avec nous. Le dernier était
bébé. Lorsqu’il pleurait, son père le prenait et lui
donnait des grosses tapes sur le corps, pour le faire taire. Ça
marchait bien.
Nous avons dormi dans une pièce à part, glacée,
sous un tas de couvertures.
Jeudi
10 février 2005
J’ai décidé de ne me lever que s’il faisait au moins
5° dans la pièce. Les vitres étaient couvertes de dentelles
de glace, le ciel était d’un bleu gelé au dehors. J’avais
dormi avec mon écharpe et je soufflais de la fumée. Froid. Merde.
Il faisait exactement 5°.

La montagne était belle, vue d’aussi près au matin. Les bergers étaient
perchés sur leurs chevaux au loin.
Je n’ai pas eu le courage de me laver au broc.

Nous avons eu des œufs aux oignons pour le petit-déjeuner, ainsi
que les sempiternelles confitures, mais celles-ci étaient fameuses, avec
une crème de baies orange, qu’on étalait sur leur pain plat
et trempait dans le thé bien fort et bien sucré.
Nous avons quitté la famille de la vieille et son pan de montagne. C’est
là que c’est arrivé. Le pari. Cinq ans sans fumer et c’est
un chameau pour le Teub. Une seule rechute avant cette date et c’est
moi qui gagne le chameau ! A suivre…


Puis nous sommes rentrés sur la ville, pour y récupérer
nos sacs à dos et partir plus loin, au Sud du pays, à Naryn. Ouaip,
Naryn. Comme ça se prononce.
On a négocié un tarif à part
avec le chauffeur de taxi : 400 Som rien que
pour Teub et
moi et couvrir les 100
bornes entre
Kochkor
et
Naryn.
« Pas de problèmes, les gars, c’est parti !
Ah, au fait, j’emmène mon pote avec moi, OK ?
Ah et puis tiens, cette brave femme cherche un taxi, je l’emmène
aussi, OK ? »
Et voilà, on se retrouve à cinq au lieu de trois dans le taxi en
partance, et nous nous sommes faits escroquer. Bah, 8 Euros la course, ça
va bien !
Dans le taxi, l’ambiance est bonne : pas d’alcool mais de la musique
kyrgyz « branchée » ! Fort
volume !
« Ah, dites donc, les gars, en chemin je connais un endroit super pour
manger des poissons tout frais péchés du lac S’enkul, faut que vous
goûtiez ça ! C’est fameux
!»
On y est allé. C’était
fameux.
« Bon allez les gars, vous rincez toute la tablée ! »
Quoi ? Faut qu’on paye pour les 5 ? C’est une blague !!!

Teub a fait la gueule toute la route, et moi j’ai fomenté un plan
de revanche en bouillonnant intérieurement. Les enculés…
« Comment ça, 300 Som ? Vous êtes en train de me tuer !! »
Ecoute, papy, c’est le tarif, on est gentil avec toi.
« Mais c’est pas possible ! Vous allez voir, on va parler de vous
ici, vous ne pourrez plus prendre un seul
taxi pour repartir ! »
Comment nous reconnaîtraient-ils ? Moi avec ma barbe et Teub avec ses bottes
de martien, les deux seuls étrangers aux 300 km2 à la ronde… ?
Un autre problème nous préoccupe déjà beaucoup plus
: le CBT est fermé, il est bientôt 18h, la nuit tombe, on n’a
nulle part où dormir. Il y a quelques adresses improbables scotchées
aux vitres de l’office, on en note trois en vitesse et on se met à leur
recherche. Quoi ? Ca pouvait marcher
!
Et ça marche ! Le premier endroit était occupé mais le second
nous attendait ! Nous ?? Génial ! Le CBT fait vraiment bien les choses,
l’appartement est spacieux, tout ça
pour nous, cool !

Mais à 18h30, un autre couple débarque. Ce n’était
pas nous qui étions attendus… Nous sommes dépités, à nouveau
sans domicile… Petit coup de fil désespéré au coordinateur
du CBT, qui répond, et qui nous attendait effectivement mais dans une
famille d’accueil de l’autre côté de
la rue !! Youpi !!!
Et là, super petite vieille – Madame Bartogul – bien sympa,
appartement séparé, surchauffé, et bien kitch, bouffe excellente,
tout est tip-top, bienvenue à Naryn !


Vendredi 11 février 2005
Bon. Aujourd’hui est un jour plutôt déprimant à Naryn,
qui est une ville certainement architecturalement proche de la Sibérie
: immeubles carrés et généralement bruns, des fils électriques,
des décharges de poubelles essaimées,
une longue rue principale de 15 Km, et un lonely planet
minable
en tant que
guide.

Cela dit, Naryn nous permet enfin de comprendre un truc : pourquoi un
pays comme le kyrgyzstan, qui n'a pas de balayeurs à tous les coins de
rue, reste globalement plus propre que la France ? Réponse en images...

Malgré tout, Naryn possède un marché super dans les rues
derrière, avec toutes les fringues, les ustensiles pratiques, les légumes,
la viande qui pend, les épices colorées, et les boui-boui restaurants
! Mais, mis à part ce chouette marché, Naryn est vraiment bof.
Nous sommes tout gelés. Il fait -4°. Mes poils de nez se collent.
Même aller marcher dans la montagne n’est plus inspirant, cela nous
apparaît à présent comme de gravir une pente dans une station
de ski en France… Quel intérêt ?
Samedi 12 février 2005
Les monuments ! Voilà un bon but pour un touriste qui se respecte à visiter
! Il se trouve que quelques vieilles pierres tiennent encore debout à 80
bornes de Naryn : allons-y !
Allez ! On va prendre un bus jusqu’à At-Bashy, puis on va louer
une jeep pour affronter les plaines enneigées, 1500 à 2000 Som
l’aller-retour ! Allez ! Allez…
On n’y est pas allé.
De la merde, nous on va se la gravir, cette montagne,
et ici même, à Naryn
! Na ! On va voir ce qu’elle donne, cette ville, vue d’en
haut !
Et c’était parti. Un peu difficile au démarrage, à cause
des buissons d’épines cachés sous la neige qui nous empêchaient
de nous accrocher, et de tous ces chiens qui aboyaient à la mort, mais
ensuite tout s’est calmé et nous avons profité d’une
petite pente dans 40 cm de neige maximum. Tout de même bien crevant mais
sympa. Nous sommes montés haut, presque aussi haut que les montagnes de
l’autre côté de la ville. J’ai abandonné avant
le sommet. Teub est parti seul en reconnaissance voir s’il pouvait atteindre
la forêt d’altitude et ses loups, pendant que la brume couvrait entièrement
la ville en bas.

Nous sommes redescendus vers
17h pour aller tester les pirojkis locales : patates + viande + oignons
en beignets
; ça, c’est évolué !
Puis habituel thé et café au lait dans le café du
coin.
Bonne marche, donc.
Je suis crevé.

Avant de m’écrouler complètement, je vais me saouler à l’alcool
de mirabelles emporté par Teub…
Demain, nous retournons à Bishkek avec gros Boris, c’est le mari
de notre logeuse, et il est… taxi ! Si la vie est pas bien faite, tout
de même… !
Dimanche 13 février 2005
Nous petit déjeunons tranquillement pendant que
gros Boris va chercher deux autres clients pour notre
trajet vers Bishkek
; tout le
monde paiera
sa part cette fois.
Les routes se vident de leur neige au fur et à mesure de notre avancée.
La fille qui occupe la banquette arrière avec nous ne décroche
pas un mot, je lui arrache son prénom d’un coup de dent. Mignonne.
Elle ne bougera pas d’un poil du trajet, même lors du changement
de pneu crevé. Juste une cuisse chaude appuyée
contre la mienne.
Devant, gros Boris suit la route de ses yeux plissés, son voisin lui parle
sans discontinuer. Boris acquiesce d’un borisborygme.
Nous sommes arrivés en avance à Bishkek en train de fondre, Sabyrbek
n’est pas dans son Bed & Breakfast comme convenu. Par contre, le bar
Navigator est là, bien ouvert ! Orgie de cakes
et de cocktails revitalisants en attendant le retour
de Sabyrbek.
C’est dimanche, la plupart des bars sont vides, sans vie. Nous
finissons au «metro» où nous nous imbibons de bière
avant de partir à la recherche d’un hypothétique
restaurant indien que nous ne trouverons jamais.
Nous finissons seuls au restaurant face à l’ambassade. Bof, bof.
Petite forme. Grosse envie de dormir. Demain, nous nous levons pour attaquer
le dernier morceau du Kyrgyzstan : le grand Ouest ! à 6h00…
Lundi
14 février 2005
Hop, levé bizarre. Karl saute sous la douche. J’ai du mal à me
lever. Je prends un petit-déjeuner rapide, trop rapide. Je refais mon
sac, je remballe encore mes affaires. J’ai l’impression d’être
un zombie ce matin.
Le taxi nous attend dehors pour nous emmener à l’aéroport.
C’est une bonne vieille Mercedes au ronflement de moteur caractéristique.
Le long de la route, les arbres aux troncs blanchis de chaux laissent leurs branches
enneigées se pencher sur notre passage. Des tiges gelées, parfum
d’hiver.

Nous étions parfaitement à l’heure pour l’enregistrement,
mais quand même une heure en avance sur les employés de l’aéroport.
Nous avons attendu. Puis nous sommes passés à l’enregistrement.
Et avons encore attendu. Deux heures. Sans nouvelles. Jusqu’à ce
qu’on nous prévienne que le vol serait probablement annulé, étant
donné les conditions d’atterrissage à Jalal-Abad, notre ville
de destination. Nous avons encore encore attendu. Et puis l’avion est arrivé et
nous avons décollé vers Jalal-Abad. Tout simplement. Il suffisait
d’être patient…
Il aurait été dommage de rater ce vol : l’avion était
un Yak40 à 30 places, des sièges en barres de métal soudées
au carré, recouverts des tentures en velours de mémé dans
les années 70. Ils avaient certainement remplacé les hélices
par des réacteurs et repeint le tout de frais la semaine dernière.
Un must.

On a survolé les montagnes sans s’écraser dessus. Nous discutions
déjà avec Teub de savoir qui mangerait l’autre.

Vu de l’aéroport, Jalal-Abad est encore un joyau de déprime
mais rigolo de dépouillement. L’étranger n’est pas
le bienvenu ici, ou en tout cas pas nous, ou pas aujourd’hui.
Nous avons vite fait d’avaler un repas incompréhensible et d’aller
téléphoner au coordinateur
du CBT, il est 14h24.
A travers les vitres du taxi nous emmenant
au rendez-vous, Jalal-Abad apparaît
déjà beaucoup plus vivant et surprenant qu’au premier abord,
il y a là des marchés
et des gens aux bonnes figures dans
les
rues.
On se trompe d’endroit et on débarque
dans une pharmacie !
« Ce n’est pas ici, le CBT ?
– Non, ici vous êtes dans une pharmacie.
– Mais la coordinatrice du CBT n’est pas ici ?
– Ah non, vous voyez bien que nous n’avons que des médicaments,
ici ! »
Et la sympathique pharmacienne nous
accompagne dans la rue d’à côté,
où nous avions plus précisément
rendez-vous !
Ruszora et sa soeur nous ont accueillis
dans un appartement très chouette,
puis nous sommes allés nous promener dans le marché qui était à deux
pas.
Le centre de Jalal-Abad, si c’est bien lui, est tout petit et organisé autour
d’un immense bazar à multi-entrées, pleins de beaux trucs
mieux qu’à Wazemmes mais avec le même genre de redondances,
et des fils qui courent à hauteur de la tête, pour notre haute taille
de non-kyrgyz. Ou Uzbek, puisque nous sommes très proches de la frontière
avec l’Uzbekistan. D’ailleurs cela se lit sur les visages : des traits
moins mongols, plus occidentaux, et du coup plus beaux selon nos critères
habituels. Moins de marmottes, c’est
net…
Ce marché est curieux, on y trouve même une étable
remplie de tables de billards!

Le soir, il est difficile de trouver
un café avec un peu d’ambiance,
et pourtant la rue est remplie de gens ! Alors où vont-ils tous ? Eh bien,
là, dans la rue, tout simplement.
Le Kyrgyz-Uzbek a une culture de
la rue.


Mardi 15 février 2005
C’est l’odeur des pancakes qui nous a réveillés ! Normalement,
une journée qui démarre ainsi ne peut être qu’exceptionnelle.
C’est bien là le terme.
Parce qu’une heure après nous étions entassés à quatre
sur la banquette arrière d’une mini-voiture Coréene, de celles
qui ne prennent normalement pas plus de quatre personnes EN TOUT ! Ajoutez à nos
carcasses compressées le chauffeur, donc, son passager, ainsi que nos
deux relativement gros sacs à dos, et vous aurez une assez bonne vision
de notre trajet jusqu’à Bazar Kurgan ! Nous étions si heureux
de nous en extirper après une petite demi-heure, pauvres naïfs que
nous étions. Parce qu’après nous nous sommes embarqués
dans un véhicule bien pire : le bone-shaker ! Un bus tout terrain plein à craquer,
des gens même debout. Tout le monde voyage tout le temps, dans ce pays
? Fou. 42 kilomètres, deux heures et demi de secouage, martelage, soubresauts
et écrasements en tout genre sur une
route de terre.
Notre but était pourtant noble : rejoindre la sympathique ville d’Arslanbob
dans la montagne avoisinante et jouir de sa forêt
de noix.
J’ai eu mal comme jamais. Chacune de mes vertèbres a été comprimée
vingt mille fois, mon estomac ne savait même plus à la fin s’il était
vide ou rassasié.
J’ai été accueilli à Arslanbob dans les bras d’un
géant complètement torché qui me souhaitait la bienvenue
! Eh bien malgré tout ça faisait
plaisir ! Surtout, ne pas penser au retour…

Heureusement, Hyatt notre coordinateur CBT nous
attendait avec sa bonne figure jouasse et
sa moustache de vainqueur.
Il nous
a présenté notre
programme du lendemain puis nous a escorté à l’autre bout
du village, chez notre famille d’accueil, dans la maison N°9,
celle de Madame Bartogul bis.
On y a monté nos lits, on a attendu sagement l’heure du repas, on
a mangé proprement, et on s’est écroulé de sommeil.
Putain de journée exceptionnelle.
Mercredi 16 février 2005
8h30. Petit-déjeuner composé de colle au riz salé. Pas de
douche parce que c’est juste un filet d’eau qui coule de la rivière
jusque dans la cour enneigée. Brrr…
10h00 au CBT. Hyatt nous présente notre guide de la journée, Lachin,
ainsi que notre cuistot à chachliks
pour la pause de 13h.
Le plan est simple : faire le circuit touristique
d’été,
mais en hiver. Pour cela, nous sommes armés des plus belles raquettes à neige
qui soient, en forme de boites à camembert avec des tresses de cuir pour
poser le pied. Des bouts de ficelles maintiennent la chaussure à peu près
en place. Peut mieux faire. Mais ça
marche pas mal.

On se présente d’abord devant une petite chute d’eau aux significations
sacrées, puis à un magnifique panorama sur la vallée.

Franchement, Arslanbob est
un beau coin, qui donne envie de revenir
en été pour
gravir les montagnes et passer les cols tout autour. Enfin, l’après-midi
est réservé à la montée du village vers la grande
chute d’eau, clou de notre visite en ces lieux reculés.

On s’arrête en chemin par la maison de Lachin pour manger les chachliks,
puis nous repartons bien pleins et super motivés vers la grande chute.
Que nous ne verrons jamais. Car la brume débarque et notre guide frileux
préfère interrompre notre progression. Frustrés, nous ?
Tu parles. On trépignait de rage. Voilà, un guide, ça sert à aller
moins loin dans la vie !

Toute cette marche pour rien
? Pas vraiment… A force de laisser ma machine
humaine fonctionner en automatique, je m’aperçois que j’aime ça,
marcher dans le froid. Y’a pas, c’est
bon !
Redescente au village,
petit arrêt surprise chez un ami de Lachin qui nous
offre toute l’hospitalité forcée du bon musulman et descente
finale en luge jusqu’au
centre.
Nous sommes contents
! Notre frustration s’efface et reste juste le souvenir
d’une bonne journée bien physique dans une belle vallée.
Ah ! C’était bon ! Hop, hop ! Voilà, voilà… Et
maintenant ? Doit-on déjà penser au retour, au bone-shaker, à l’aéroport
de Moscow et à la France ? Déjà… ?
Demain.
Jeudi 17 février 2005
Voici le commencement du début du retour. On a le temps. On
prend le temps.

Car pendant plusieurs heures ce
sera bone-shaker II, le retour.
Et en effet, c’est atroce. Karl angoisse toute la route pour son sac, arrimé au
mien sur le toit. On les entend s’éjecter au moins vingt fois par
minute, la carlingue est tellement secouée qu’on ne peut absolument
pas imaginer que quelque chose puisse encore exister là-dessus après
ce qu’on subit. Et ça dure longtemps. Je ne peux pas m’empêcher
de jurer deux ou trois fois, chaque mètre parcouru est un cri intérieur
de plus.
Mais tout se termine toujours et Bazar Kurgan
nous ouvre ses portes, ainsi que son marché : des gros pneus, des pièces mécaniques, des
bidons d’huile, une sorte de dépotoir. Karl choisit cet endroit
pour manger, moi j’ai le bide retourné.
On repart pour Jalal-Abad.

(Photo
du taxi de base, pas cher comme d’hab’, qui va nous
arnaquer à l’arrivée,
comme d’hab’. Dans la rue, tout
le monde est dehors, c’est
normal,
Sarkozy se chopperait un torticolis
ici…)
A l’arrivée, heureusement que Ruszora nous attend à l’appartement
de Jalal-Abad où nous pouvons nous
reposer.
Nous sommes intelligents : nous achetons
des victuailles au marché du
centre ville en prévision de notre
longue journée de calvaire languissant
et hors de prix à l’aéroport
de Moscow. Des nouilles aux carottes,
des clémentines, des cacahuètes
au sésame sucrées.
Le soir, nous nous offrons une orgie
de chachliks dans un vieux boui-boui
bien
sympathique
où les deux filles de la patronne se démènent
en souriant.


Il n’y a pas de bars, à Jalal-Abad. Donc dodo à 22h, longuement
mérité.
Vendredi
18 février 2005
Joyeux anniversaire, Teub ! C’est son anniversaire aujourd’hui,
Teub 1er a 33 ans.

De retour en retours, voici celui vers Bishkek, avec un avion curieusement à l’heure
et un vol matinal sans histoires.
A l’aéroport, on teste enfin le minibus qui nous emporte vers le
gros Osh Bazar de Bishkek pour 20 malheureux Som. Le Kyrgyzstan est vraiment
le spécialiste des bazars, celui-ci étant créé tout
exprès pour s’y perdre ! Immense.
De Osh Bazar, il nous a suffit de remonter l’avenue Chuy pendant une demi-heure
pour rejoindre le centre de Bishkek, nous arrêtant régulièrement
pour nous réchauffer dans les cafés. De toute manière on
a que ça à foutre. Notre avion pour Moscow ne décolle qu’à 6h
du mat’ le lendemain.

On fait quelques emplettes : un nouveau dictionnaire de grammaire
russe pour Karl, un CD de musique russe suave pour Bronco.
Puis nous glandons dans un bar international, c’est à dire anglophone.
Nous avons déjà l’impression de ne plus être au Kyrgyzstan.
On finit ensuite la soirée au bar Navigator pour fêter dignement
Karl à grands coups d’alcool raffiné, mais le cœur n’y
est plus. Faut se barrer. Aller à l’aéroport. Attendre quatre
heures dans le froid avant enregistrement. Puis deux heures avant embarquement.
On croit que le froid ne s’arrêtera jamais de nous faire frissonner à présent.
Je tremble de partout. Je suis défait, moulu, lessivé.
Samedi 19 février 2005
C’est l’épilogue. Qu’ajouter ? Que nous avons dormi
par intermittence dans le Tupolev aux sièges de nains, mangé des
plateaux insipides servis par Miss Playboy 2004 ? Oui. Avant de débarquer
pour notre longue peine au goulag de l’aéroport de Moscow. J’ai
encore dormi un peu dans les couloirs.

J’ai le bide totalement défoncé. Heureusement que nous avions
prévu notre bouffe, c’est déjà ça de moins
d’écoeurant.
A 21h un nouvel avion nous attend à l’embarquement. A 23h nous débarquons à Bruxelles
comme des réfugiés dans les bras de Jeff, fidèle
au rendez-vous.
Rigolote petite fille de Jeff avec laquelle Teub s’est amusé comme
un fou :

Voilà, c’est nous après
3 semaines de voyage ensemble :


Tout de même, quelle belle trainée de liberté on a laissés derrière
nous : un pays en pleine révolution, et il parait que le Bachkortostan
veut faire pareil à présent... Objet d'une prochaine aventure
!
Pour finir, voici en cadeau
une belle phrase très utile à placer
en toute circonstance, et principalement avec des chauffeurs de
taxi :

Prononcée : "Kakda ya tibia vidiel, ou minia panos", elle signifie
: « Quand je te vois, j’ai la diahrée
! »
Bonjour chez vous !
Wandering et
Teub, dans une autre expédition improbable réussie.